Handicap & Inclusion

RQTH : ce que l’employeur peut demander, ce qu’il ne peut pas

La règle en une phrase

La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé appartient au salarié. Elle est délivrée à sa demande, elle sert ses droits, et lui seul décide de la porter à la connaissance de son employeur.

L’entreprise ne peut ni l’exiger, ni la solliciter, ni la déduire. Elle peut seulement en tirer les conséquences quand le salarié la lui communique.

Tout le reste découle de ce principe.

Ce que vous ne pouvez pas demander

À un candidat, en entretien. Aucune question sur son état de santé, son handicap éventuel, ses arrêts passés, ses traitements, sa situation familiale liée à la santé. Ni directement, ni par allusion. Ces questions sont sans lien avec l’aptitude à occuper le poste — seul le médecin du travail est habilité à se prononcer sur ce point.

Le cadre applicable au recrutement fait l’objet d’une formation dédiée.

À un salarié en poste. Vous ne demandez pas s’il a une reconnaissance, vous ne suggérez pas qu’il en fasse la demande pour améliorer votre taux d’emploi, vous ne le relancez pas.

À un tiers. Ni au médecin traitant, ni à la médecine du travail, ni aux collègues. Le médecin du travail ne vous communiquera jamais un diagnostic : il vous transmet un avis d’aptitude et des préconisations d’aménagement, rien d’autre.

Le justificatif. Vous ne pouvez pas conserver la copie de la notification de reconnaissance dans le dossier du salarié : c’est une donnée de santé. Vous pouvez en revanche noter que le salarié est bénéficiaire, avec la date d’échéance de sa reconnaissance.

Ce que vous pouvez faire

Informer, largement et de manière impersonnelle. Rien ne vous empêche de communiquer sur ce qu’est une reconnaissance, sur ce qu’elle ouvre comme droits, et sur la personne à contacter. Cette communication s’adresse à tout le monde, elle ne cible personne.

C’est l’objet de nos actions de sensibilisation.

C’est d’ailleurs le seul levier qui fonctionne. Les entreprises dont le taux d’emploi progresse ne sont pas celles qui posent des questions : ce sont celles où les salariés savent à quoi sert une reconnaissance et constatent qu’elle ne pénalise personne.

Accueillir la déclaration. Quand un salarié vous informe, vous accusez réception, vous demandez ce dont il a besoin — pas ce dont il souffre — et vous l’orientez vers le référent handicap et la médecine du travail.

Enregistrer le statut pour la déclaration annuelle. C’est légitime et c’est même nécessaire : ce qui n’a pas été saisi en paie n’apparaît pas dans le calcul de votre obligation d’emploi.

Mettre en œuvre les aménagements préconisés. C’est votre obligation, pas une faveur.

Le point le plus délicat : que dit-on au manager

C’est la question qui revient dans toutes nos formations, et la réponse est plus simple qu’il n’y paraît.

Le manager n’a pas à connaître le handicap. Il n’a besoin ni du diagnostic, ni de la nature de la reconnaissance, ni de sa durée.

Le manager doit connaître les aménagements qu’il aura à mettre en œuvre : horaires ajustés, port de charges limité, pauses supplémentaires, poste équipé, télétravail. Sans quoi il ne peut pas organiser le travail.

La distinction tient donc en une phrase : on transmet des besoins, jamais des causes. Un manager n’a pas à savoir de quoi souffre son collaborateur ; il a à savoir que celui-ci ne peut pas rester debout plus de deux heures.

Cette règle est simple à énoncer et difficile à tenir. Un responsable qui apprend une situation la partage souvent avec les meilleures intentions du monde — pour expliquer, pour protéger, pour justifier un traitement différent auprès de l’équipe. C’est précisément là que se joue la confiance, et c’est ce qui décide de la prochaine déclaration.

Notre formation Manager et handicap traite ces situations en détail.

Et si le salarié ne dit rien

C’est son droit, et cela ne change rien à vos obligations.

L’obligation de sécurité s’applique quelle que soit la situation déclarée. Si un poste met un salarié en difficulté, vous devez agir — même si vous ignorez pourquoi. Le médecin du travail est l’interlocuteur pour cela : il peut préconiser un aménagement sans jamais vous dire ce qui le motive.

Autrement dit, vous n’avez pas besoin de connaître le handicap pour bien faire votre travail. Vous avez besoin de savoir ce dont la personne a besoin, et cela peut passer entièrement par la médecine du travail.

Les cinq erreurs les plus fréquentes

Demander la copie de la notification et la ranger dans le dossier du salarié.

Encourager la démarche auprès d’un salarié identifié comme potentiellement éligible, pour améliorer le taux d’emploi. L’intention est bonne, la démarche est illicite.

Transmettre au manager plus que nécessaire, en pensant l’aider à comprendre.

Écarter un candidat au motif d’une inquiétude sur son état de santé, sans que le médecin du travail se soit prononcé.

Ne rien saisir en paie alors que le salarié a informé la RH — et payer une contribution sur des bénéficiaires qu’on emploie réellement.

Le mécanisme de décompte et ses conséquences sont détaillés dans notre article sur le calcul du taux d’emploi.

En résumé

SituationCe que vous pouvez faire
Entretien d’embaucheAucune question sur la santé ou le handicap
Salarié en posteInformer sur le dispositif, sans jamais cibler quelqu’un
Salarié qui déclareAccueillir, orienter, enregistrer le statut, aménager
JustificatifNe pas conserver la notification, noter le statut et l’échéance
Information du managerLes besoins d’aménagement, jamais la cause
Salarié qui ne dit rienAgir via la médecine du travail, sans connaître le motif

La règle générale est simple : vous n’avez jamais besoin de savoir de quoi souffre quelqu’un pour lui permettre de travailler correctement. Les entreprises qui l’ont compris déclarent plus de bénéficiaires que les autres — non pas parce qu’elles posent plus de questions, mais parce qu’on leur en dit davantage.