Handicap & Inclusion

OETH : comment calculer son taux d’emploi de travailleurs handicapés

Qui est concerné, et à quel niveau

L’obligation d’emploi s’impose aux entreprises d’au moins 20 salariés. Deux précisions comptent, et elles sont régulièrement mal comprises.

L’appréciation se fait au niveau de l’entreprise, pas de l’établissement. C’est le changement le plus important de la réforme de 2020. Une entreprise de 120 salariés répartis sur six sites de 20 personnes est assujettie une seule fois, sur l’ensemble. Avant, chaque établissement était considéré séparément — beaucoup de documents en circulation reprennent encore l’ancienne règle.

Le seuil de désignation d’un référent handicap obéit à une autre logique, que nous détaillons dans un article distinct.

L’effectif s’apprécie en moyenne annuelle, selon les règles de décompte du code de la sécurité sociale. Ce n’est pas votre effectif au 31 décembre, ni votre effectif au plus fort de l’activité.

Enfin, l’obligation ne s’applique pas dès le franchissement du seuil : un mécanisme de lissage protège les entreprises qui viennent de l’atteindre. Vérifiez votre situation avant de conclure que vous devez déclarer.

Le dénominateur : l’effectif d’assujettissement

C’est la première source d’écart entre le calcul de l’entreprise et celui de l’administration.

L’effectif retenu n’est pas le nombre de personnes inscrites. Les salariés à temps partiel comptent au prorata de leur durée de travail. Les contrats à durée déterminée comptent au prorata de leur présence dans l’année. Certaines catégories sont exclues du décompte.

Deux erreurs reviennent systématiquement : compter les intérimaires comme des salariés de l’entreprise utilisatrice, et compter les alternants dans le dénominateur alors qu’ils suivent un régime particulier.

Le calcul étant désormais réalisé à partir des données de la déclaration sociale nominative, l’administration dispose du chiffre exact. Si le vôtre diffère, c’est le vôtre qui est faux.

Le numérateur : qui compte comme bénéficiaire

C’est là que se joue l’essentiel, et c’est là que les entreprises perdent le plus.

Les bénéficiaires ne se limitent pas aux titulaires d’une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. Entrent également dans le décompte les titulaires d’une pension d’invalidité sous certaines conditions, les titulaires d’une rente pour accident du travail ou maladie professionnelle au-delà d’un certain taux d’incapacité, les titulaires de l’allocation aux adultes handicapés, les titulaires de la carte mobilité inclusion mention invalidité, ainsi que plusieurs catégories liées au statut d’ancien combattant ou de victime.

Chaque bénéficiaire compte pour une unité, quelle que soit la nature ou la gravité de son handicap, et quel que soit son temps de travail — c’est également un changement de 2020, l’ancien système de pondération ayant disparu.

Une modulation existe pour les bénéficiaires de plus de cinquante ans. Vérifiez si elle s’applique à votre situation, elle est souvent oubliée.

La sous-traitance ne compte plus comme avant

Avant 2020, recourir au secteur protégé et adapté permettait de s’acquitter partiellement de l’obligation, dans la limite de la moitié.

Ce n’est plus le cas. Les dépenses engagées auprès des entreprises adaptées, des établissements et services d’accompagnement par le travail et des travailleurs indépendants handicapés viennent désormais en déduction de la contribution, et non en substitution d’emploi. La logique a changé : le législateur a voulu que l’obligation se traduise par de l’emploi direct.

Concrètement, une entreprise qui misait sur la sous-traitance pour atteindre son taux découvre que son taux d’emploi affiché a chuté, alors que ses pratiques n’ont pas bougé.

La déclaration passe par la DSN

Depuis 2020, la déclaration annuelle s’effectue via la déclaration sociale nominative, et la contribution est recouvrée par les organismes de recouvrement des cotisations sociales — non plus directement par l’Agefiph.

Deux conséquences pratiques.

Les données remontent automatiquement. L’administration vous transmet en amont les effectifs qu’elle a calculés et le nombre de bénéficiaires qu’elle a identifiés à partir de vos déclarations mensuelles. Ce n’est pas une proposition : c’est ce qui servira de base si vous ne corrigez pas.

Ce qui n’a pas été déclaré mensuellement n’apparaît pas. Un salarié dont la reconnaissance n’a jamais été saisie en paie n’existe pas pour le calcul, même si l’entreprise en a connaissance. C’est la première cause de sur-contribution.

Pourquoi votre taux est presque toujours sous-évalué

Les entreprises comptent en général moins de bénéficiaires qu’elles n’en emploient réellement. Trois raisons.

Des salariés ne déclarent pas leur reconnaissance. Ils redoutent le regard des collègues, craignent d’être écartés d’une promotion, ou considèrent que cela ne regarde pas leur employeur. C’est leur droit strict : la déclaration relève de la personne, jamais de l’entreprise.

Des salariés éligibles n’ont jamais demandé de reconnaissance. Une maladie chronique, les suites d’un accident, une usure progressive : beaucoup de situations ouvrent droit à une reconnaissance sans que la personne y ait pensé.

L’information ne remonte pas jusqu’à la paie. La RH est au courant, le manager aussi, mais rien n’a été saisi dans le système.

Sur ces trois points, aucun tableur ne peut rien. Ce qui change les chiffres, c’est le climat interne : quand les salariés constatent qu’une reconnaissance sert à obtenir un aménagement et non à être mis de côté, les déclarations arrivent. C’est l’objet de nos actions de sensibilisation auprès des équipes.

Réduire la contribution : ce qui fonctionne réellement

Par ordre d’effet.

Fiabiliser le décompte existant. Avant toute autre chose. Croiser ce que la RH sait avec ce que la paie a saisi corrige souvent plusieurs unités.

Créer les conditions de la déclaration. Sensibiliser, expliquer ce que la reconnaissance ouvre, garantir la confidentialité. C’est le levier le plus rentable, et le plus lent.

Recruter et surtout maintenir. Un salarié dont le poste est aménagé à temps reste bénéficiaire et reste dans l’effectif. Une inaptitude non anticipée fait perdre les deux.

Le maintien dans l’emploi relève largement du référent handicap : c’est l’objet de notre formation dédiée.

Recourir au secteur protégé et adapté. L’effet est réel mais désormais limité à une déduction.

Négocier un accord agréé. Il permet d’affecter le budget correspondant à des actions internes plutôt que de verser une contribution. C’est un engagement pluriannuel, à ne pas engager sans en mesurer la charge.

En résumé

ÉtapePoint de vigilance
AssujettissementAu niveau de l’entreprise, en moyenne annuelle
EffectifProrata temps partiel et CDD, catégories exclues
BénéficiairesBien plus large que la seule RQTH, une unité chacun
Sous-traitanceDéduction de la contribution, plus substitution d’emploi
DéclarationVia la DSN, sur la base de ce qui a été saisi mensuellement

Le calcul en lui-même est mécanique. Ce qui fait la différence entre deux entreprises comparables, c’est la qualité de l’information dont elles disposent sur leurs propres salariés — et cela se construit toute l’année, pas au moment de la déclaration.

Notre formation OETH : calcul, déclaration et optimisation reprend l’ensemble du mécanisme sur une journée, à partir de vos propres données d’effectif.